Les Quatre Fantastiques

Face à l’impossibilité d’aborder les territoires que nous envisagions initialement, nous nous étions résolus à faire la traversée vers les îles Fortunées (les Canaries). Tant pis pour l’Andalousie et Gibraltar, la Méditerranée et les Baléares. Jusqu’à il y a peu, Éole, favorable et constant, semblait vouloir nous pousser dans la bonne direction. La bagatelle de quatre jours de haute mer nous aurait emmenés sûrement jusqu’aux contreforts de Lanzarote, la plus septentrionale des sept îles. Il ne nous manquait plus qu’un équipage.

Deux matelots, non des moindres, curieux de nature et volontaires de cœur, ont, sans plus nous connaître mais séduits par l’entreprise, choisis de rejoindre les bancs de la galère pour défier les flots. La chance était avec nous car ces deux filous, en plus de ragaillardir notre vie de bord, se sont beaucoup appréciés mutuellement. Jeff, vendéen de mise estivale à la bonhommie non feinte est nomade digital et de cinq ans notre cadet. Ancien des Glénans, d’où lui reviennent en écho quelques rudiments de vie marine, il a réussi l’exploit qui consiste à développer en nous une quasi tendresse filiale. Ce jeune homme a le rire jusque dans les yeux et la bonne humeur d’une permanence tenace.

Le 4e Fantastique se cache forcément derrière l'objectif.

 

La fierté andalouse n’est pas qu’un proverbe, qui pis est lorsque l’on est originaire de la province de Cadix. Cris, écrivain et bourlingueur d’à peine un an notre ainé était ravi de se rendre compte du changement de programme qui allait arriver pour être à même de nous dévoiler ce que le sud de la péninsule, encore perclus par le virus, pouvait encore receler. Novice en matière de voile, son inexpérience est compensée par une curiosité permanente, une étonnante résistance physique et une capacité à sentir l’inspiration littéraire le dévorer au milieu de la nuit, pendant son quart, sortant son carnet pour écrire un poème.

Notre fine bordée constituée et prête à partir, il n’en fallait pas plus aux dieux pour changer d’avis. Éole s’est donné le temps de prendre une bonne respiration. Nous voilà donc prêts, mais face à un océan déventé. Plus question de prendre la mer pour s’y faire pousser une destinée de bouchon à la dérive, ce qui nous a forcés à faire un choix entre deux possibilités qui nous serons, je le crois, régulières: Attendre ou aller ailleurs.

Mouillage à Portimão où nous profitions souvent de ces magnifiques couchers de soleil.


Mais après un mois dans un Portimão claquemuré, nous ne nous sentions pas de repiquer pour une nouvelle semaine de patience, d’autant plus que l’on avait appris par Radio Ponton que l’Andalousie est en réalité parfaitement accessible, et cela parce que la loi sous ses dehors si strict a heureusement mis les voileux que nous sommes hors de sa portée en ne les envisageant tout simplement pas. Pour la faire courte: il est des cas où les lois limitant nos déplacements ne s’appliquent pas à nous. La quadrature du cercle se résout donc d’elle-même: on part, avec cette fois-ci l’Andalousie de retour sur le menu. Arrêt Cadix, objectif administratif Gibraltar, après advienne que pourra.

Le petit port de Culatra en face du mouillage dans la baie de Faro


Un arrêt en baie de Faro pour acclimater nos deux galériens, et c’est par un soleil radieux, une mer d’un calme plat au vent soutenu et aux dauphins discrets que nous avons mis le cap sur Cadix pour 80 bons milles de traversée, dont une partie de nuit. Et c’est sans heurt, de bon matin le lendemain que nous sommes arrivés en rade de Cadix, là où l’amiral Villeneuve avait fait mariner ses navires avant de les envoyer à Trafalgar.

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