Que sont devenus les deux loustics?

Quelle idée, non mais quelle idée de prendre la mer en Atlantique Nord en plein hiver! Un regard sur la carte météo suffit pour voir que, des quelques points de la planète où il ne faut surtout pas se trouver avec un bateau, c’est précisément là qu’on est.

Les dieux se foutraient-ils de nous?

Pour en revenir à la question, nous sommes au Portugal. Toujours. Pas que le pays ne nous déplaise, loin s’en faut, mais le climat, en plus de nous coincer pour de longs moments à quai, ne nous permet pas franchement de meubler notre temps au port par de l’exploration. Comptez là-dessus les difficultés pandémiques et vous obtenez ce qu’un esprit abîmé par les embruns et le sel peut appeler une malédiction. État d’autant plus navrant que lorsqu’on lorgne par-dessus l’épaule du voisin pour guigner ce qu’il a dans son assiette, une légère amertume s’installe en voyant certains d’entre eux profitant de tropiques aux vents cléments alors que nous épongeons notre Purgatoire. Jaloux les marins? La psychologie en mer mériterait presque un chapitre en soi. Des volumes sans doute, lorsqu’il s’agit de celle des débutants.

Mais: Always look on the bright side of life. Après la pluie ne peut venir que le soleil, après la pandémie, sa fin, après le Golgotha, le paradis.

Nous cheminons donc, cahin-caha, à petites étapes le long des côtes lusitaniennes, espérant mettre derrière nous le cap Saint-Vincent qui nous mettra définitivement à l’abri des rigueurs du Nord, ses souffles capricieux et cette foutue houle qui transforme une journée de navigation en séjour dans une machine à laver. Sous les pavés la plage, et derrière le cap: la Méditerranée. Début du beau, début du chaud, l’été en un mot que j’anticipe sans rougir. Rien que nous n’eussions volé en tout cas.

Résumons. Nous sommes à Sines, lieu de naissance de Vasco de Gama qui n’y est visiblement pas resté, et délicieux petit terminal gazier d’Europe du Sud. Dernière étape avant les Algarves et un passage dans 80 milles de Val-Sans-Retour, car sur la côte que nous longerons, d’abris, d’anses et de ports point. Une fois qu’on a passé la seconde, il faut aller tout droit et faire confiance à Neptune…et on a un sacré passif avec lui. De guerre lasse, j’en reviendrais peut-être aux traditions, et lui sacrifierai une chèvre pour avoir ses faveurs (à Neptune, pas à la chèvre). Mais le manuel de navigation laissé par Ulysse semble indiquer que c’est aussi fiable que les satellites météo.

En parlant de Vasco de Gama, sans doute qu’il me serait bien légitime d’en toucher un mot ou deux. Nous sommes après tout sur la portion de la côte portugaise qui aura vu se lancer les grandes expéditions du XVe siècle, préludes des Grandes Découvertes.

La famille royale portugaise, se trouvant sans doute à l’étroit dans la Péninsule, a fermement encouragé les nationaux qui se sentaient pousser des nageoires à prendre la mer et explorer les alentours. Certains auront même été plus loin et Vasco aura fait deux expéditions qui l’auront emmené jusqu’aux Indes (les vraies Indes d’Inde). J’en reparlerai.

En attendant de pouvoir repartir, l'on vérifie, nettoie et bichonne notre maison.