Les leçons d'une traversée

Quand nous nous sommes retrouvés en haute mer, au milieu du Golfe de Gascogne, ballotés par les hautes vagues d’une houle latérale qui ne nous permettaient plus de voir l’horizon, à 150 milles des côtes les plus proches, par un temps maussade et un vent de face…on s’est sentis débutants. Et pour être honnête, je crois qu’on s’est fait un peu peur.

À peine dépassé Groix, deux d’entre nous ont été saisis d’un violent mal de mer qui a réduit nos capacités d’intervention.

Même moi, qui pourtant avais été jusqu’à maintenant plutôt épargné, je n’ai pas tenu. Et Dieu sait qu’un homme qui en souffre devient fondamentalement inutile sur un voilier  : nauséeux et comateux, plus encore dans un environnement où rien n’est stable et tout contribue à empirer ton mal.

Alain seul a tenu le coup, au prix d’une plus grande fatigue. Du coup, pendant ces trois jours nous n’avons pas vraiment eu le temps d’exalter nos sentiments lyriques. À peu près rétabli au bout de 12 heures, j’ai pu revenir aider Alain et assurer quelques veilles. Le pauvre Vincent, lui, n’a quasiment plus quitté sa cabine jusqu’à notre arrivée en Galice.

On a pu tracer, tant bien que mal, avec un lourd appui du moteur, jusqu’au petit port de Ribadeo, à la frontière entre la Galice et les Asturies.

Au moteur face aux vagues pour gagner de la route face au vent contraire.

Le début des aventures aura donc été des plus durs, en termes de performance sportive, de l’aveu même d’un ami professionnel du domaine.

Mais (si cela peut nous rassurer autant nous que notre lectorat), nous ne sommes pas les seuls navigateurs à en avoir souffert. Le Golfe de Gascogne a la réputation d’être dur, même pour plus entrainé que nous, et ce en n’importe quelle saison.

Toujours est-il que cela aura été riche en leçons  et il est beaucoup de choses que l’on améliorera par la suite, en particulier en termes de préparation.

Ici la carte de routage en fonction des vents annoncés. On a beau tout prévoir, cela ne se passe jamais comme prévu !

Le bateau de son côté a plutôt bien tenu. Quand on a fait de la voile, il a fait de bonne performance

Quelques éléments du mobilier interne ont souffert des secousses, et il a un peu pris l’eau par le tube de jaumière et l’arbre d’hélice. Mais rien d’irréparable, et l’on s’y attelle en ce moment même.

A l’heure où j’écris, cela fait déjà quelques jours que l’on profite des douceurs de la Galice (que l’on pense avoir bien mérité). Nous nous sommes prescrit beaucoup de repos avant un nouveau départ en direction du petit port de Viveiro, à 30 milles à l’Ouest.

Le petit port de Ribadeo